Bourse: la hausse des cours fait revenir les épargnants

3,4 millions de particuliers sont intervenus sur les marchés actions de 2018 à 2022.


DÉCRYPTAGE – L’envolée du CAC 40 ces dernières semaines a surpris de nombreux investisseurs, restés à l’écart des marchés en 2022 par prudence.


Qui l’eût cru? Au plus bas au sortir de l’été dernier, le CAC 40 a opéré une remontée que personne n’avait vu venir, et qui s’est accélérée début 2023. «À l’automne, on nous assommait de mauvaises nouvelles. L’économie devait entrer en récession. On était
sous la menace d’un black-out électrique», se souvient Nicolas Chéron, analyste financier indépendant. Un pessimisme démenti par les faits. L’indice phare parisien a atteint des hauteurs jamais vues: il a culminé à 7387 points en séance jeudi dernier,
nouveau record. Même s’il est redescendu à 7295 points lundi, il reste à un très haut niveau.


Le CAC 40 a été porté par la santé insolente des valeurs du luxe, qui pèsent lourd dans l’indice parisien (+ 30 % pour LVMH d’octobre à février, + 45 % pour Hermès…) et par le rallye des valeurs bancaires (+ 45 % d’octobre à février pour BNP Paribas, + 30 % pour Société générale), soutenues par les taux d’intérêt élevés. Dans l’ensemble, les résultats 2022 des fleurons du CAC 40 ont été très bons. L’investissement boursier s’est installé dans le paysage comme un vrai levier d’épargne
De quoi éveiller à nouveau l’appétit des particuliers, qui pour beaucoup avaient levé le pied ces derniers mois. «On observe un vrai retour des investisseurs», constate Ambroise Lion, directeur général du courtier IG. Des néophytes, attirés par les prouesses
du CAC 40, se lancent aussi. Les ouvertures de compte, au ralenti ces derniers mois, ont repris tambour battant.


Elles ont bondi de 30 % chez IG lors des deux premiers mois de cette année, comparé aux derniers mois de 2022. Un phénomène habituel quand les cours s’envolent. «On a davantage de demandes de conseils. Les publications de nos analystes sont plus lues sur les réseaux sociaux. Cela nous a poussés à revoir les formats de nos publications. Il y a une vraie demande de contenu d’information», indique Ambroise Lion.
On est loin de l’apathie qui régnait sur les marchés il y a quelques mois encore.«J’ai vu beaucoup d’investisseurs particuliers jeter l’éponge à l’automne 2022, la première partie de l’année ayant été dévastatrice», rappelle Nicolas Chéron, analyste indépendant. La guerre en Ukraine, la remontée des taux d’intérêt et les menaces de récession avaient pesé sur les Bourses (le CAC 40 a clôturé à 5628 points le 29 septembre).

La dégringolade des valeurs de la tech et des cryptos avaient en outre particulièrement refroidi les plus jeunes. Sans compter l’inflation, qui a limité l’épargne disponible pour investir.

Peu de particuliers ont investi lorsque les marchés étaient au plus bas, aux deuxième et troisième trimestres 2022. Et lorsque l’indice a repris de la vigueur, autour des 6 800 points, beaucoup ont vendu leurs actions, croyant faire une bonne affaire. À tort. «La hausse de 15 % de janvier n’était pas au programme», se désole maintenant Charles- Henri d’Auvigny, président de la Fédération des investisseurs individuels et des clubs d’investissement (F2IC).
D’autres ont cependant mieux joué. Ceux qui n’ont ni vendu ni acheté sont sortis gagnants des soubresauts de 2022. «Dans l’ensemble, les encours détenus par nos clients sur les comptes Bourse ont augmenté en ligne avec le CAC 40», souligne Benoit Grisoni, directeur général de Boursorama. Il est d’ailleurs temps pour ceux qui ont empoché des gains d’alléger quelque peu leur portefeuille. «Les cours sont historiquement élevés et une respiration de 5 % à 10 % serait justifiée. Mais, sauf cygne noir, il n’y a pas de raison que les Bourses s’effondrent», juge Alexandre Baradez, analyste marché chez IG.

Une opportunité d’acheter

Ces évolutions récentes du comportement des boursicoteurs s’inscrivent dans un phénomène plus large: ces dernières années, les Français ont retrouvé du goût pour la Bourse. Le nombre d’actionnaires individuels qui n’avait cessé de baisser depuis les années 2000 dans le sillage de l’explosion de la bulle internet et la crise des subprimes, est reparti à la hausse en 2019 à l’occasion de la privatisation de La Française des jeux (FDJ).

Près de 500.000 Français ont acheté des actions FDJ. Le krach boursier du début de la pandémie de Covid a aussi été vu comme une opportunité d’acheter des actions à prix bradés.
Les Français confinés à répétition ont pris le temps pour s’intéresser à nouveau à la Bourse. Au total, de 2018 à 2022, près de 3,4 millions d’investisseurs particuliers sont intervenus sur les marchés d’actions, dont 1,3 million de nouveaux boursicoteurs. Les
investisseurs sont aussi plus jeunes. Désormais, près de 10 % d’entre eux ont moins de 25 ans, selon l’AMF. Même lors d’une année 2022 bousculée, 1,5 million de Français ont acheté ou vendu une action, un chiffre en léger recul par rapport à 2021 (5,5 %).
Ouvrir un compte Bourse se fait aujourd’hui en quelques clics. Il est plus facile de se former sur ces sujets grâce à l’abondance de l’information disponible en ligne et sur les réseaux sociaux. «L’investissement boursier s’est installé dans le paysage comme un
vrai levier d’épargne», estime Benoit Grisoni, de Boursorama. Ces dernières années, la façon d’investir a néanmoins changé. Les actions en direct ne sont plus le seul support. Les nouveaux boursicoteurs, et principalement les plus jeunes, sont de plus en plus nombreux à miser sur des ETF. Ces fonds répliquent la performance d’un indice (CAC 40, S&P 500), d’un secteur ou d’un panier d’actions.

Les applications d’épargne permettant d’accéder à ces fonds indiciels, via des investissements programmés, séduisent un public toujours plus nombreux. «C’est un phénomène de société: en ce moment, on ouvre 300 comptes par jour», fait valoir Matthias Baccino, directeur France du courtier Trade Republic. Le nombre de particuliers ayant acheté des ETF en direct est ainsi passé de 142.000 en 2018 à 250 000 en 2022.
Beaucoup misent aussi sur l’investissement programmé. Il s’agit d’investir chaque mois de petites sommes sur des ETF, quelles que soient les conditions de marché, et ce sur une très longue période. De quoi se protéger des à-coups. «Quand on fait des achats mensuels, on est content lorsque les cours baissent, car on achète moins cher», synthétise Nicolas Chéron.
Les conseillers en gestion de patrimoine sont également témoins de ce regain d’intérêt pour les marchés.

L’assurance-vie reste aussi un moyen privilégié d’investir en Bourse de façon diversifiée. «On sent de l’appétit. Cependant, les clients ont en tête qu’on est sans doute au plus haut. On leur conseille de jouer la prudence et d’aller sur des produits structurés», indique Vincent Cudkowicz, directeur général de bienprévoir.fr.

Ces produits, construits autour d’un indice (CAC 40, DAX…) ou d’un panier d’actions, ont retrouvé de l’intérêt en raison de la volatilité des marchés et la hausse des taux. Les fonds obligataires, investis dans de la dette d’entreprise, ont aussi le vent en poupe, du fait de rendements à nouveau généreux. Le contexte d’inflation galopante pousse les particuliers à chercher des rendements plus élevés. Et, malgré les risques inhérents à la Bourse, les promesses des marchés financiers font aujourd’hui à nouveau briller les yeux des épargnants.